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vendredi 3 juillet 2009

Ispahan- pierre Hermé


Rue Bonaparte, en pleine manifestation silencieuse à Téhéran, je désigne cyniquement un Ispahan au jeune homme qui sert les clients dans la boutique-galerie de Pierre Hermé. Il fait beau, les femmes sont en jupes, en robes multicolores, les genoux apparents, les lunettes de soleil à la Jackie Onassis couvrant plus que les yeux. Mon gâteau est emballé dans une boîte aux tons pastel, déposée dans un sac en papier ajouré de feuilles de tilleul… très chic.Déposé délicatement dans une assiette, le gâteau de Pierre Hermé semble renfermer ces évocations propices à la rêverie. Comme dans un songe éveillé, Ispahan, la ville d’Iran, se devine aux couleurs pastel, aux jardins parfumés de roses et de jasmins.

Entre deux coques roses de macaron, à l’intérieur d’un rempart de framboises, se cachent une crème aux pétales de rose et des letchis frais. La délicatesse de l’assemblage dégage une sensualité suave que l’on découvre en tentant de couper une part à l’aide d’une fourchette à dessert. La fragilité n’est qu’apparente, le macaron se tient, ne s’effondre pas. Certes, l’aspect que l’on osait à peine toucher, est légèrement effrité, mais c’est pour offrir une autre facette, moins visuelle, plus savoureuse, plus fraiche, plus parfumée. Le léger bruit de la coupe, franc, laisse présager le croustillant du macaron et l’aérien de la crème. La délicatesse des saveurs s’impose au palais. La carapace à la rose fond délicatement et se laisse subtilement réveillée par la framboise et la profondeur du letchi. L’Ispahan est une des rares pâtisseries qui se marie délicieusement avec la chaleur de l’été. Les bouchées sont intenses en saveur et peuvent s’étaler le long d’un après-midi paresseux.

Ispahan, berceau de l’empire perse, se laisse évoquer devant ce sublime macaron. Les images défilent, puis, la beauté laisse peu à peu place à la nostalgie à mesure que le gâteau se réduit. L’Ispahan d’Hermé serait-il la consolation offerte à une féminité répudiée, à une existence cachée ?

lundi 22 juin 2009

L'éclair parfait - Jean-Paul Hévin



La pâtisserie peut tenir lieu de dessert… mais pas seulement. Parfois, il suffit de passer, plus ou moins consciemment dans une rue, prétextant une balade d’humeur badine et, tout en faisant mine de se perdre, se retrouver rue Saint-Honoré. Comme pour se mentir, il vient à l’esprit l’idée de continuer à pied afin de profiter de la beauté parisienne. Et puis, le regard capte des pas arrêtés devant une vitrine et les mots, inscrits sur le verre, se frayent un chemin jusqu’à l’esprit : Jean-Paul Hévin.

L’été approche mais la chaleur, ennemie du chocolat, n’est pas encore installée, il serait dommage de ne pas se laisser tenter… le bras se tend sans se faire prier vers la porte d’entrée, la pousse. Corps et esprit sont happés, impossible de faire marche arrière. Le sourire apparaît, la sagesse tente de faire reculer les envies qui, hélas, débordent, et les paroles sortent sans contrôle : un éclair au chocolat ET … encore un petit plaisir… parfois une tablette de chocolat, parfois un autre gâteau… jamais un « ce sera tout, merci ». L’éclair est déposé, comme par provocation, dans un sachet en papier que l’on peut aisément ouvrir sitôt la sortie franchie. Or quoi de mieux que la lumière du jour pour se rassurer sur la gourmandise ravie ?

La pâte à choux est dorée, presque satinée à certain endroit. Le glaçage apporte la touche indiquant visuellement la saveur enfermée dans la pâte à choux farcie. La brillance est réussie et ne colle pas. L’éclair est conforme aux attentes imprimées dans les souvenirs. L’envie de croquer ne peut plus être combattue. L’impression en bouche est constante. Le croquant de la pâte à choux s’ajuste parfaitement à la crème délicieusement chocolatée, justement équilibrée, élaborée à partir de fèves en provenance d’Amérique centrale. L’éclair est si bien réussi que le temps entre chaque bouchée peut s’étaler sur plusieurs mètres de promenade, le temps de parvenir devant le Louvre et de décider de profiter de cette journée fraîche et ensoleillée en passant sous les arcades pour découvrir la pyramide.

231, rue Saint-Honoré - Paris 1er
23 bis, avenue de la Motte Picquet - Paris 7ème
3, rue Vavin - Paris 6ème